Alors que l’Europe suffoque sous une canicule historique, Antonio Guterres lance un ultimatum au monde : les combustibles fossiles nous détruisent, les chiffres sont sans appel, et le temps des promesses est révolu. Il est temps d’agir.
En pleine canicule historique, alors que la France et une grande partie de l’Europe suffoquent sous des températures qui frôlent les 45 °C, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a pris la parole le 23 juin 2026 à Londres, lors de la London Climate Action Week. Son message n’est pas nouveau. Mais il résonne cette fois avec une acuité particulière, portée par la chaleur qui s’abat sur nos rues, nos hôpitaux, nos écoles.
Je l’avoue : quand j’ai lu ce discours, j’ai eu du mal à rester calme. Non pas parce que Guterres dit quelque chose de nouveau mais précisément parce qu’il ne le fait pas. Et que le monde, lui, continue de faire semblant de ne pas entendre.
« Le monde reste dangereusement à la traîne »
Debout devant les décideurs mondiaux réunis dans la capitale britannique, elle-même placée sous alerte canicule avec des températures attendues jusqu’à 39 °C, Guterres n’a pas mâché ses mots. Il a exhorté le secteur des énergies fossiles à « prendre ses responsabilités et à faire ce qui aurait dû être fait depuis longtemps », pointant le fait qu’en 2025 seulement, quelque 167 milliards de mètres cubes de gaz ont été brûlés à la torche par l’industrie pétro-gazière. À titre de comparaison, c’est l’équivalent de la consommation énergétique annuelle de tout le continent africain.
Plus largement, Guterres a sonné l’alarme sur le méthane, deuxième contributeur au changement climatique après le CO2. Environ 60 % des émissions mondiales de ce gaz invisible sont d’origine humaine, principalement l’agriculture et l’énergie. Or le méthane possède un pouvoir de réchauffement environ 28 fois supérieur à celui du CO2 sur cent ans. Sa réduction rapide représente donc l’un des leviers les plus efficaces et les plus immédiats dont dispose l’humanité.
Sa conclusion est directe : « le monde reste dangereusement à la traîne » concernant les objectifs de réduction des émissions.
Ces mots ne sortent pas du vide. Ils s’appuient sur une réalité documentée et mesurée. L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a confirmé en 2026 que les années 2015 à 2025 constituent les onze années les plus chaudes jamais enregistrées dans l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas une coïncidence statistique. C’est un signal clair et répété que Guterres lui-même a décrit ainsi : « Quand l’histoire se répète onze fois, ce n’est plus une coïncidence. C’est un appel à l’action. »
La concentration de CO2 dans l’atmosphère a atteint 426 parties par million au début de l’année 2025, un niveau jamais atteint depuis des millions d’années. Selon les dernières données du Global Carbon Project, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint un niveau record de 55 milliards de tonnes de CO2 équivalent en 2023, avec une trajectoire à la hausse en 2024 et 2025.
Le seuil de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris comme limite à ne pas franchir ? Il est déjà considéré par une grande majorité de scientifiques comme inatteignable pour les prochaines années. La moyenne des températures mondiales sur les trois années 2023, 2024 et 2025 a déjà dépassé ce cap. Les engagements actuels des États conduisent le monde vers un réchauffement de 2,4 à 2,6 °C d’ici 2100, selon les Nations Unies. On parle alors d’un monde radicalement différent de celui que nous connaissons.
L’Europe en première ligne
Ce que nous vivons en ce moment en Europe n’est pas une anomalie passagère. C’est notre futur qui s’annonce.
La canicule qui s’est abattue sur l’Europe de l’Ouest depuis le 17 juin 2026 est d’une violence sans précédent. Le 23 juin, la France a enregistré la journée la plus chaude de son histoire, avec un indicateur thermique national de 29,8 °C, dépassant le record d’août 2003, la canicule qui avait tué 15 000 personnes en France. La ville de Saumur a frôlé les 44 °C. Le 25 juin, 72 départements français se trouvaient simultanément en vigilance rouge, un record absolu. L’Italie a placé 16 villes en alerte maximale, dont Rome, Milan, Florence et Venise. En Espagne, les températures ont dépassé 44 °C en Andalousie, même dans des régions habituellement tempérées.
Ce n’est pas El Niño. Ce n’est pas la variabilité naturelle. Les scientifiques du World Weather Attribution l’ont établi le 26 juin dans un rapport d’urgence : cette canicule résulte « sans équivoque » du changement climatique causé par les activités humaines. Les températures nocturnes suffocantes que nous vivons sont désormais environ 100 fois plus probables qu’il y a seulement 23 ans. Une telle chaleur en juin « aurait été pratiquement impossible à atteindre » il y a cinquante ans.
Et voilà ce qui me révolte vraiment : nous ne sommes pas en train de regarder un bulletin météo du futur. Nous sommes dedans. Maintenant. Et juin 2026, aussi brutal soit-il, restera selon toute probabilité l’un des juins les plus frais du reste de notre vie.
Les gouvernements entre promesses et inaction
La canicule tombe en pleine période de mobilisation climatique internationale. Guterres lui-même rappelait fin 2025 l’obligation pour les États de présenter des contributions nationales déterminées plus ambitieuses, alignées sur l’objectif de 1,5 °C. Les pays développés s’étaient engagés à mobiliser 1300 milliards de dollars par an pour financer l’action climatique dans les pays en développement.
Dans l’Union européenne, des progrès existent : pour la première fois en 2025, les énergies solaire et éolienne ont produit plus d’électricité que les combustibles fossiles. C’est un signal encourageant. Mais le compte n’y est pas. Le sixième rapport du GIEC l’a établi sans ambiguïté : pour maintenir le réchauffement sous la barre de 2 °C d’ici 2100, les émissions mondiales doivent être réduites de 63 % d’ici 2050. Pour rester sous 1,5 °C, la réduction doit atteindre 84 %. Nous sommes très loin du compte.
Guterres l’a dit à Londres avec une grande franchise : « Nous ne pouvons pas miser davantage sur un système fondé sur les combustibles fossiles. » Les crises climatique et énergétique, aggravées par les conflits au Moyen-Orient, « partagent la même origine destructrice : les combustibles fossiles. »
Et maintenant ?
Année après année, nous tenons les mêmes propos en réaction à des chaleurs extrêmes qui atteignent des sommets toujours plus élevés. Oui, il s’agit bien du changement climatique. Oui, nous en sommes responsables. Non, ce n’est pas El Niño. Oui, nous disposons des solutions. Mais non, nous ne les mettons pas en œuvre assez vite.
C’est là que tout se joue. Les solutions existent : énergies renouvelables, abandon progressif des fossiles, réduction des émissions de méthane, efficacité énergétique, reforestation. Ce qui manque, c’est la volonté collective et la vitesse d’exécution.
Guterres a raison. L’urgence est réelle. Les canicules de juin 2026 ne sont pas un avertissement de ce qui pourrait arriver. Elles sont la démonstration de ce qui arrive déjà.
La question n’est plus « faut-il agir ? » Elle est : « Jusqu’où sommes-nous prêts à laisser le thermomètre monter avant de le faire vraiment ? »
Moi, Mathieu Chappaz, je refuse de me résigner à l’impuissance. Ce n’est pas du militantisme, c’est du bon sens. Si cet article vous a appris une seule chose, que ce soit celle-ci : votre voix, votre vote, vos choix du quotidien comptent. Exigez des actes de ceux qui gouvernent. Le temps des déclarations sans suite est révolu. La canicule que vous ressentez dehors en est la preuve.

