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Guerre et environnement : Quand les dommages survivent aux combats, la pollution du phosphore blanc

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À la suite d’un conflit, la paix se reconstruit au même titre que l’environnement. Mais lorsque que les cultures repoussent sur un sol contaminé, que l’eau courante contient des substances chimiques nocives, et que les oiseaux ne chantent plus, quelle justice peuvent attendre les victimes alors nées sous les bombes ?

Les dommages causés à l’environnement constituent l’un des héritages les plus durables des guerres contemporaines. La destruction des écosystèmes, la contamination des ressources naturelles ou encore la disparition d’espèces protégées continuent d’affecter les populations bienaprès la fin des hostilités. L’ampleur des conséquences environnementales des combats s’est considérablement accrue avec l’industrialisation des conflits. La guerre du Vietnam demeure à cet égard un exemple emblématique. L’utilisation massive de défoliants chimiques, notamment l’Agent Orange, a provoqué la destruction de vastes surfaces forestières, ainsi que la contamination durable des terres agricoles. Plusieurs décennies après la fin du conflit, certaines zones restent encore affectées par ces pollutions.

À Gaza, On compte la disparition de 97 % des cultures arboricoles, 95 % des arbustes et 82 % des cultures annuelles depuis 2023. En Syrie, suite à la destruction du barrage de Kakhovka, plus de 600 km² de terres ont été inondées. En Ukraine, où se concentre une part significative de la diversité biologique européenne, les incendies provoqués par les combats ont détruit des milliers de kilomètres carrés de forêts, qui contenait des services écosystémiques essentiels. 

Ces destructions souvent sous-estimées, n’ont à l’heure actuelle, pas encore suffit à dissuader de l’usage de certaines substances dont les effets perdurent même à la suite d’un accord de paix, ou d’un cesser le feu.

Le choix d’orienter cet article sur le phosphore blanc permet de démontrer plusieurs choses. En effet, la règlementation sur l’usage de certaines armes est encore floue, et ne permet pas de protéger les civils. D’autre part, que des mesures de compensation post conflit seront insuffisantes pour reconstruire les écosystèmes, et par conséquent, les économies locales. Ce raisonnement peut donc s’appliquer à d’autres types d’offensives.

Les conséquences du phosphore blanc

Certaines armes soulèvent des préoccupations particulières. L’utilisation de phosphore blanc provoque des contaminations persistantes de l’air, de l’eau et des sols. Longtemps utilisé pendant les deux guerres mondiales, notamment par l’armée britannique et les Etats- Unis, son usage est considéré comme un crime de guerre s’il est utilisé contre les civils. Il reste cependant légal dans de nombreuses circonstances.

Il s’agit d’une substance pyrotechnique utilisée dans certaines munitions pour produire des écrans de fumée, marquer des cibles ou provoquer des incendies.

Lorsqu’il entre en contact avec l’oxygène, il s’enflamme spontanément à des températures pouvant dépasser 800°C. Cette combustion génère des incendies de végétation, ce qui détruit les habitats et entraîne une mortalité importante de la faune, incapable de fuir rapidement les zones touchées. Les résidus issus de sa combustion peuvent également modifier les propriétés chimiques des sols, la qualité de l’eau et les cultures.

L’un des cas le plus marquant est celui du Liban. Les chercheurs de l’Université américaine de Beyrouth ont établi que l’utilisation de munition au phosphore blanc a laissé 10% de cette substance dans l’eau.

Au cours de la même période, les raids menés ont entraîné la disparition de plus de 40 000 oliviers centenaires, en partie due à l’utilisation de munitions au phosphore blanc. Ces productions arboricoles étaient pourtant nécessaires à l’économie des communautés locales. 

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Cette cartographie illustre bien le nombre d’incendies causés par cette substance. Entre octobre et novembre 2023, 462 hectares de forêts et de terres agricoles ont été détruits selon les déclarations du ministère de l’Environnement, en partie à cause des munitions au phosphore blanc.

D’autres cas, même hors conflits, ont été enregistrés. En Alaska, la mort de milliers d’oiseaux aquatiques a fait l’objet de 20 ans d’enquête. Situé en Alaska, l’estuaire d’Eagle River Flats a été identifié comme une zone fortement contaminée à la suite de plusieurs décennies d’exercices militaires impliquant des munitions à fragmentation. Afin de réduire les risques environnementaux associés à cette pollution, un vaste programme de réhabilitation a été engagé entre 1982 et 2006. Celui-ci reposait notamment sur l’assèchement des zones humides concernées et l’extraction des eaux contaminées afin de traiter les sédiments affectés (ce qui n’est pas neutre non plus pour la biodiversité).

En Norvège, une étude a également été réalisée sur un champ de tir militaire. La proportion de phosphore blanc trouvé était considérée comme non dangereuse pour la vie humaine, mais représentait tout de même un risque élevé pour les animaux de pâturage. Notre résistance à ces produits ne doit donc pas être l’unique indicateur pour en évaluer la dangerosité.

A Gaza, en 2009, les chercheurs alertent également sur les effets indirects liés à la destruction de la couverture végétale, à la fragmentation des habitats et à la diminution des services écosystémiques.

Dans le contexte du conflit en Ukraine, plusieurs signalements ont fait état de l’utilisation de munitions au phosphore blanc par les forces russes à partir de 2022. Ces opérations auraient entraîné une pollution importante de différents compartiments de l’environnement, notamment les sols, les ressources en eau, les surfaces agricoles et certains espaces forestiers. Face à l’ampleur de ces dégradations, les autorités ukrainiennes ont engagé un travail d’évaluation des préjudices environnementaux afin de documenter les dommages subis et de soutenir d’éventuelles demandes de réparation. Cette démarche s’appuie sur des travaux scientifiques menés avec l’appui des populations locales. Les premières analyses suggèrent que de nombreuses terres agricoles nécessiteront des programmes spécifiques de restauration avant de pouvoir être exploitées à nouveau, tandis que plusieurs milieux aquatiques devront faire l’objet d’opérations de dépollution pour retrouver un niveau de qualité compatible avec les exigences sanitaires.

Les solutions soulevées par la communauté internationale

S’il existe aujourd’hui des dispositions pour en limiter les utilisations, le phosphore blanc n’est toujours pas considéré comme une arme chimique, ou incendiaire, car les incendies causés sont considérés comme un effet secondaire. Un encadrement existe à travers le Protocole III de la Convention sur certaines armes classiques, adopté sous l’égide des Nations Unies en 1980. Toutefois, l’effectivité de ce dispositif reste relative dans la mesure où l’ensemble des États n’a pas adhéré à ce texte. Par ailleurs, le phosphore blanc continue d’être intégré aux arsenaux de nombreuses puissances militaires, parmi lesquelles figurent notamment les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite ou encore l’Azerbaïdjan.

Récemment, de nouveaux accords internationaux en faveur de la préservation de l’environnement pourraient permettre un certain progrès. Par exemple, la COP 27 de 2022 a permis d’exiger les premières évaluations du coût carbone de l’invasion de l’Ukraine, estimé à près de 100 millions de tonnes de CO₂ au cours des sept premiers mois du conflit. Face à ce constat, et alors que les dépenses militaires mondiales ont dépassé les 2 240 milliards de dollars en 2022, plusieurs acteurs ont remis en question l’absence de responsabilité environnementale du secteur militaire et appelé à la compensation des externalités négatives générées par les activités de défense. Cependant, comme mentionné précédemment, compenser les effets néfastes ne peut suffire. Certains dommages liés à la perte de la biodiversité, ou au dérèglement d’un écosystème ne pourront être réparés par des mesures de dépollution ou de restauration.

Ainsi, l’utilisation de certaines substances comme le phosphore blanc soulève plusieurs questions. Prévenir son usage serait en effet bien plus bénéfique à l’environnement que de contraindre les Etats à réparer des dommages, parfois irréversibles. Les solutions pour limiter les impacts environnementaux de la guerre sont particulièrement complexes dans la mesure ou l’instauration d’un cadre nécessite l’accord des Etats. Or, un pays en plein effort de guerre peut même être tenté de considérer une attaque sur l’environnement comme une stratégie. L’accent sur la diplomatie environnementale, la prévention des conflits et le renforcement des règlementations sur le développement de certaines armes se présentent donc comme les voies les plus pertinentes pour limiter les conséquences des conflits sur l’environnement, et par conséquent, sur la reconstruction des pays.

Bibliographie : 

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Climat et conflits : quand la guerre empoisonne la terre – et vice versa | ONU Info

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