Aujourd’hui la France brûle.
Après un été caniculaire et ses méga-incendies qui laissent nos terres à vif, ce sont nos villes qui brûlent, nos bâtiments, qu’ils soient institutionnels comme des mairies ou des écoles ou qu’ils soient privés comme des magasins. Et, sidérés, nous regardons ces flammes vives et ces nuages de fumées noires. Nous sentons notre puissance partir avec les flammes, nos coeurs sont carbonisés.Certaines et certains apportent encore leur secours momentané par un acte de bravoure ou de solidarité, et merci, mais très vite, la colère et les larmes arrivent. Nous sommes passés à l’état d’impuissance. D’impuissance et d’injustice !
Suite aux évènements violents qui se sont déroulés ce 17 Octobre, avec une ampleur sans précédent par des bandes de casseurs comme on les appelle dans les média, comment les manifestants vont-ils pouvoir désormais faire entendre leurs revendications ?
La rue est devenue un théâtre de guerre et chaque objet, chaque mobilier, une arme de destruction.
C’est une désolation indigne d’un état démocratique.
Où est passé le droit à une parole constructive ? Sa disparition est-elle reliée au devoir de l’écoute si mis à mal ces dernières décennies ?
« Au début était le verbe… » dit-on. S’il y a bien un constat où les philosophies et les religions s’accordent, c’est sur l’importance du souffle, de la parole comme acte manifestant notre vivant et reliant de notre humanité. Cette expression ne précise pas l’importance entre la parole et l’écoute, mais souligne que le souffle voyage de l’un à l’autre comme il est en nous, se déplaçant au rythme des respirations..
Ce mouvement est-il réellement coupé aujourd’hui ?
Apparemment. Même les plus pacifistes expriment à travers leurs pancartes le désir d’être écouté, le sentiment de ne pas pouvoir dialoguer …
Dialoguer… Qu’est devenu ce mot trait d’union entre parler et écouter ?
De tout temps et dans toutes les civilisations humanistes, il y avait ce temps de parole et d’écoute. Souvent, il demandait un espace temps particulier et depuis toute petite, j’ai l’image du calumet de la paix des Indiens d’Amérique comme symbole de cet espace temps. Plus tard, j’ai découvert ce même symbole dans de nombreuses autres civilisations, depuis la Grèce antique et ses agora jusqu’à la création des Nations Unies et avant elle, la Société des nations.
Le siècle des Lumières, aussi imparfait soit-il, avait posé les premières pierres d’une parole élargie légale avec sa convention des Droits de l’Homme (trop restreinte encore ) pour arriver à notre triptyque Liberté (de conscience) Egalité (en droit et en devoir) puis quelques années plus tard, comme pour bien celer ce duo qui pouvait dériver, est arrivé Fraternité. La liberté et l’égalité ne doivent se penser qu’à travers la Fraternité, ciment de notre relation, pierre angulaire du dialogue.
Mais cela nécessite de prendre du temps, celui de se poser déjà, de laisser dehors de cet espace des à-priori, des revendications rigides, et toute forme de violence.
Aujourd’hui et sans conteste, pour retrouver les chaînons manquants des siècles précédents, nous valorisons ce travail intérieur à faire, cet apaisemen avec nous même, de la volonté de passer du temps pour écouter, entendre ce que l’autre dit. Rien de bien nouveau, entre Socrate et les différentes religions, ce constat était déjà bien là.
A côté des ODD (Objectifs de Développement Durable) aujourd’hui, nous parlons des ODI (Objectifs de Développement Intérieurs) pour revenir à cette citation de Gandhi, « Commencez à changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous. »
A Question de Coeur et encore plus à Peace Stories, nous travaillons là-dessus : Offrir un espace inter-générationnel pour que chacun et chacune puisse s’exprimer en respect de soi et des autres. Poser des projets concrets pour la rencontre comme le propose Maria Térésa Romero (30 ans) dans son article « Unthinkable » lors d’un travail sur l’écoute pacifié des différences dans nos cultures. Nous voulons passer par les arts et la culture qui sont bien des armes de paix comme le dit Mathieu Chappaz (20 ans ) dans ses articles.
Tous ces articles sont à retrouver sur le site de Peace Stories.
Ce travail est long et souvent en antinomie avec les objectifs de société de rentabilité, de désir de pouvoir, d’un pouvoir qui souvent écrase les autres, pourtant ce travail long, celui de créer de nouveaux espaces / temps de dialogue est aujourd’hui indispensable.
Nous constatons aussi la difficulté d’inviter lors de colloques ou de conférences des personnalités, des élus ou des représentants du peuple ou d’institutions s’ils ne prennent pas la parole. Et si vous veniez pour écouter ? Pour échanger ensuite ? Et si les espaces de dialogue redevenaient des espaces de dialogue ? Ecouter ne peut pas être juste l’action du peuple, mais aussi de celles et ceux qui dirigent.
Et puis, si retrouver l’équilibre entre la parole et l’écoute passait par un autre point sorti de la ligne ? S’il passait par une triangulaire dont la pointe nous rappelle l’importance de prendre de la hauteur ? A chaque époque, ses médiateurs … A nous d’y penser pour aider chacune à :
Prendre du temps pour prendre soin de soi, des autres et de nos conditions de vie.
Prendre du temps pour que plus rien ne brûle …


